L’ENTRE-SOI
Mesdames, messieurs,
Je vais me faire aujourd’hui l’avocate d’un mal très peu décrié. Un mal que l’on retrouve rarement, pour ne pas dire, pratiquement jamais, sur le banc des accusés. Cette impunité est sa plus grande force et c’est précisément cette impunité qui va lui permettre de faire de vous ses meilleurs alliés.
Avant d’aller plus en avant, je vais tenter de brosser succinctement et malheureusement aussi assez superficiellement le décor de mon propos
Les principes de notre droit pénal inscrits dans les textes fondamentaux, ont érigé un droit qui se défend de l’arbitraire.
L’égalité de la justice
La présomption d’innocence
Un jugement équitable
Un jugement public
Des lois pénales non rétroactives
Mais c’est le principe fort bien argumenté par Césare Beccaria qui va retenir ici notre attention – la légalité des peines.
Gérald Darmanin, ministre de la justice, a déposé des projets de réforme de la justice pénale, notamment des délais de justice plus rapide et des sanctions plus coercitives.
Il est intéressant de constater que pour lutter contre la criminalité, le droit pénal regarde toujours vers le bas de la société : la délinquance, les banlieues, les bandes organisées, l’immigration, le terrorisme.
Valérie Perrée à la tête du Pnaco, le parquet anticriminalité organisée,
a été récemment invité à l’institut de criminologie et de de Droit Pénal à Paris au côté de Roberto Saviano, connu pour sa connaissance de la mafia italien . Elle déclarait au cours de sa brève intervention que la criminalité des bandes organisées, je cite « n’ont pas de règles, ils se servent des gens comme des fusibles ».
En résumé, la criminalité, c’est les « bad guys » comme on dit en anglais. Les mauvais garçons sans mœurs ou états d’âmes.
Si l’affirmation n’est pas fausse, elle n’est pas totalement vraie non plus.
Les noms d’Edouard Snowden et de Julian Assange nous sont familiers mais leurs avertissements nous semblent avoir peu d’empreinte dans notre quotidien.
Pourtant si on se place du point de vue d’Edouard Snowden, on doit bien reconnaitre que nos données, tant professionnelles que personnelles nous échappent. Littéralement volées par les géants privés de la High tech qui, hors d’atteinte de notre législation en font ce que bon leur semble, revenant même parfois vers des services de police français qui n’auraient jamais été autorisés à les rassembler en France. Et lorsque ces données se retrouvent dans les mains des services de renseignements nationaux, placées sous le secret défense au nom d’une sureté d’état, les limites d’utilisations de ces données sont littéralement insondables, privées de tout contrôle de légalité.
Si on se place du point de vue de Julian Assange qui a dévoilé des méthodes barbares de l’armée au cours de conflits Irakien et des activité illégales de la CIA, en France, nous ne sommes pas en reste.
A titre anecdotique, au plan local, on peut citer l’affaire des paillotes, la non sanction du système pénitencier d’Arles
Au plan national un ancien ministre des armées parle de corruption et de détournement de fonds lors d’achat d’armements, un ancien Président de la république qui avoue des assassinats ciblés à l’étranger à titre de rétribution et d’autres publications qui foisonnent pointant du doigt la corruption et parfois mêmes des manigances fatales sur le territoire national.
Les publications ne manquent pas. Seulement le scandale et les contestations s’en désintéressent et ne suivent pas.
Dans cette légalité des peines, il faut avouer qu’il y a une justice sourde et aveugle lors que le mal se trouve en haut de la pyramide.
D’un côté, il existe des agissements illicites qui ne seront jamais ni épinglés, ni sanctionnés parce que protégés par la sureté de l’état,
De l’autre, des agissements dont la loi n’a pas encore mesuré le contour, faute de transparence de méthodes litigieuses pratiquées.
Napoléon Bonaparte est réputé avoir déclaré « Je veux que l’on puisse couper la langue à un avocat s’il s’en sert contre le gouvernement »
Les cendres de Napoléon brulent surement sous l’incandescence d’une volonté encore si bien conservée où l’on a même ajouté la fonction de journaliste.
Aucun programme universitaire n’enseignera à ses étudiants que la corruption étatique est presque une tradition qui se transmet depuis des décennies. Que les malversations étatiques semblent n’épingler que celui ou celle, qui pour des raisons qui nous échappent, a court-circuité quelque part un système qui nous élude.
Les diplômés le savent, les futurs diplômés l’apprendront bien assez tôt, ils seront souvent sollicités. Très vite, ils apprendront qu’ils sont privilégiés. Leur égo flatté, félicité, valorisé. Bien sûr, vous connaissez tous les valeurs de l’équité, de l’égalité, de la bonté et la bienveillance, vous n’êtes ni voyou, ni bandit.
Mais le mal dont on parle ne se présente jamais sous un mauvais jour. Il va faire appel à vos compétences, votre expertise. La manipulation n’a pas le visage d’un ennemi. Elle s’assoit à votre table, elle vous sert du bon vin, vous complimente sur vos affaires.
Elle vous révèle en chuchotant les méandres méconnus du pouvoir et vous propose même de vous s’y initier. L’ego ne se méfie jamais des secrets de connivence qu’on lui partage sous l’auspice de la confraternité.
La société est un jeu de pouvoir. Dans les faits, ce pouvoir se transmet de générations en générations. Les dynamiques changent rarement. Et pour que ce pouvoir reste au pouvoir, il manipule son entourage proche et lointain.
Il faut garder en mémoire qu’aujourd’hui beaucoup de données, ces fameuses données collectées, sont accessibles à certains services, certaines organisations. La sécurité, le foncier, le notarial, le commerce, sans compter les connections personnelles et professionnelles. On connait toutes vos connexions, on sait le nom de vos amis, de vos ennemis. Influer, manipuler le destin d’une personne, d’un secteur d’activité, d’une région, d’un pays n’a jamais été aussi facile.
On ne joue plus à la bataille navale mais aux échecs avec le seul objectif d’un échec et mat.
Les bons plans entre amis ont trouvé un autre tremplin. Les enjeux beaucoup plus conséquents qu’hier. Une manipulation efficace peut transformer profondément une société en une seule génération.
Il est essentiel de réaliser qu’une négociation placée sous le sceau du secret alors qu’elle devrait bénéficier d’une totale transparence, la première personne manipulée est celle qui dispose.
Le secret n’a pas d’autre ambition que de cacher le dessein d’une manœuvre. Parce qu’il y a toujours quelque part, quelqu’un qui est en possession d’une information, aussi infime soit-elle qui pourrait permettre de mettre à jour la manigance, quand ce n’est pas simplement pour empêcher l’histoire d’en rapporter demain la preuve d’une faute.
Seul, l’intégrité a le pouvoir de protéger et de conserver la pérennité de notre démocratie.
Seul l’intégrité peut vaincre la corruption.
Seul, l’intégrité reconnait les vaillants.
L’entre-soi, aussi confortable soit-il n’est pas anodin.
Lorsqu’il vous tire vers des rivages où la ligne d’horizon est fabriquée par un autre,
Lorsque la vision qu’il porte vous est incertaine même si elle convient à vos affaires, elle répondra toujours à une politique où vous serez pantins et non acteurs.
Et si lorsque cette manipulation, par le plus grand des malheurs, cause des conséquences fâcheuses qui vous paraitront éloignées de votre être,
alors que l’essence même du mal qui aura pris place c’est vous-même qui vous l’avez nourri par un entre-soi irresponsable bien que flatteur,
je vous le dis parce que je l’ai vu faire, vous tournerez le dos feignant d’avoir ni vu, ni compris ce qui se passait – prétextant que le pouvoir en place est bien plus fort que tous les démons.
Il faut se rappeler qu’on pourra toujours critiquer vos alliances.
On pourra toujours juger vos prises de décision mais jamais personne ne pourra vous condamner pour votre intégrité.
Seul l’intégrité peut éradiquer la corruption et les malversations. Si chacun de nous s’assure d’en être le garant, nous resterons maîtres de notre démocratie.
A défaut, la machinerie qui existe aujourd’hui continuera à nous manœuvrer au grès de vents. Et au vu de la conjoncture actuelle, il faut dans tous les cas être en possession d’une quantité astronomique de naïveté pour continuer à souffler dans la voile.
© V.Bettini
Mars 2026